Eric D. Widmer

Widmer, E.D., Levy, R., Giudici, F. (2005). Rapport scientifique au FNRS. Pôles d’excellence et réseaux de collaboration dans les sciences en Suisse: Une analyse réticulaire.

On a souvent fait l’hypothèse que les individus, entreprises ou institutions bien connectés, centraux du point de vue des collaborations, produisent des résultats supérieurs, en terme de rentabilité et de qualité, que les entités marginales, voire isolées dans la structure d’un champs d’activité. C’est ce que l’on aborde généralement par le concept de capital social (Bourdieu, 1980 ; Burt, 1995 et 2001 ; Coleman, 1988). Qu’en est-il dans les sciences en Suisse, et en particulier dans les sciences humaines et sociales? A la suite des résultats de la première évaluation de projets de pôles de recherche nationaux (19991), la presse, voire certaines autorités politiques, ont souligné l’individualisme des chercheurs en sciences sociales et leur incapacité à travailler en réseaux, pour expliquer l’exclusion des projets étiquetés « sciences sociales et humaines » du financement. Plusieurs chercheurs issus des sciences sociales et humaines ont vivement réagi à ces affirmations, par des lettres ouvertes et diverses prises de position. Les appels d’offres pour les deux premières séries de PRN (1999 et 2004) créent une situation unique pour évaluer les caractéristiques structurelles et relationnelles des collaborations scientifiques en Suisse. On peut, par leur entremise, chercher à cerner les facteurs sociologiques associés au succès dans la course aux pôles.

En nous basant sur les esquisses et, dans une moindre mesure, sur les full proposals ou requêtes,2 de la mise au concours des pôles nationaux de recherche de 1999 et 2004, nous entendons d’abord nous pencher sur la question de la spécificité des sciences sociales et humaines quant aux collaborations qu’elles ont mises en place. La différence postulée par certains medias, lors de la première vague de pôles, entre les sciences sociales et humaines d’un côté, et les sciences exactes3 de l’autre, est-elle vérifiée empiriquement? En d’autres termes, les sciences sociales et humaines ont-elles bien donné lieu, comme on l’a affirmé à la publication des résultats du concours de 1999, à moins de collaborations et plus d’individualisme que les autres? Sont-elles déconnectées des autres sciences, cantonnées dans une sorte de ghetto scientifique ? Sont-elles effectivement moins capables de structurer des collaborations d’une certaine ampleur, ce qui expliquerait leur sous-représentation dans les projets financés lors de la première mise au concours, lorsqu’elles ont été en compétition directe avec les sciences exactes? Nous évaluerons les collaborations scientifiques qui se sont mises en place lors des deux mises au concours de PNR, de 1999, ouverte à toutes les sciences, et de 2004, limitée aux sciences sociales et humaines. Il s’agira ainsi de répondre de manière informée aux critiques portant sur la manière de travailler des sciences sociales et humaines. En premier lieu, on entend vérifier l’hypothèse soutenant que les caractéristiques structurelles des esquisses ou requêtes sont associées à leur succès. Comment peut-on caractériser les projets ayant connu le succès ? Plutôt mono- ou multidisciplinaires, linguistiquement composites ou homogènes, féminins ou masculins, constitués par des professeurs avancés dans la carrière ou plutôt des chercheurs de la relève, etc. ? Nous entendons donc faire une analyse de l’impact des caractéristiques internes à chaque projet, en relation avec les disciplines lui étant associées. Qu’en est-il ensuite des individus ? Des variables tels que la réputation institutionnelle, le degré d’implication dans les esquisses4, le sexe, l’âge ou le statut professionnel, de même que la position de l’individu dans le réseau, ont-elles un pouvoir prédictif en matière de financement ? Quelles sont les meilleures stratégies, du point de vue des individus ? Limiter le nombre d’esquisses auxquelles ils participent, ou au contraire multiplier les insertions ? Le nombre de projets FN obtenus par le passé compte-t-il pour quelque chose ? Hommes et femmes ont-ils les mêmes chances de financement, etc. ? Si la perspective précédente se centre sur les caractéristiques des esquisses et, dans une moindre mesure, des requêtes, cette seconde perspective se centre sur les individus. Les deux perspectives sont certes liées mais ne se confondent pas totalement.

Les deux mises au concours permettent de répondre à des questions différentes mais complémentaires. Celle de 1999 autorise à comparer les esquisses et chercheurs des sciences exactes avec les esquisses et chercheurs des sciences sociales et humaines. Les seconds se distinguent-ils, par leurs caractéristiques structurelles ou leur positionnement dans le réseau, des premiers ? Ces différences éventuelles sont-elles à même de rendre compte des différences de financement entre sciences exactes et sciences sociales et humaines ? La mise au concours de 2004, réservée aux sciences humaines et sociales, permet de distinguer, à l’intérieur de ces sciences, le positionnement et les caractéristiques des esquisses et individus selon leur discipline, et l’impact qu’ont eu ces dimensions sur le succès. Le présent rapport, en conformité avec le mandat du FN, se centre sur les effets de positionnement et de structuration des réseaux de collaboration sur le succès obtenu dans le processus de sélection mis en place par le FN et le DFI. Nous n’évaluerons donc absolument pas la qualité scientifique des projets. Non pas parce que nous pensons qu’il s’agit là d’une dimension marginale par rapport aux effets des réseaux, mais simplement parce que la question n’est pas de notre compétence, qu’elle sort du mandat accordé par le FN et qu’elle sort également des questions propres à la sociologie des sciences.

Mentionnons toutefois que les esquisses ainsi que les requêtes ont été évaluées de manière approfondie par des experts internationaux, mandatés par le FNS, et que cette évaluation figurera dans nos analyses comme une variable centrale.

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